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Ken Saro-Wiwa, un héros africain de l’écologie

19 Janvier 2017


Ken Saro-Wiwa, militant écologiste nigérian, a été pendu par la junte militaire en 1995 à cause de sa défense du delta du Niger contre le saccage de l’exploitation pétrolière. L’auteur de cette tribune raconte le parcours de ce héros, et explique qu’il est à la racine du concept d’écocide, alors qu’une conférence-documentaire lui est consacrée samedi 21 janvier à Paris.
Benjamin Bibas est journaliste et documentariste. Il a produit une dizaine de documentaires radiophoniques sur l’exploitation des ressources naturelles en Afrique.

                                         Benjamin Bibas.
Kenule Beeson Saro-Wiwa, alias Ken Saro-Wiwa, est né le 10 octobre 1941 à Bori, village de l’Ogoniland. Ce petit territoire d’environ 1.000 km2, situé au cœur du delta du Niger, est alors peuplé de moins de 500.000 Ogonis, l’une des quelque 250 ethnies du Nigeria. En 1958, Shell trouve du pétrole dans le delta du Niger. Ce pétrole ne tarde pas à faire du Nigeria le premier producteur de brut d’Afrique subsaharienne, avec plus de 2 millions de barils extraits chaque jour. De 1967 à 1970, une terrible guerre, se soldant par plus d’un million de morts, oppose le gouvernement du Nigeria à la grande province sécessionniste du Biafra, qui comporte notamment le delta du Niger. Bien que lui-même issu du Biafra, le jeune administrateur territorial qu’est alors Ken Saro-Wiwa reste fidèle au gouvernement nigérian.
Ken Saro-Wiwa quitte l’administration en 1973 pour se consacrer à ses affaires privées : négoce d’abord puis, rapidement, écriture. Avec talent : Sozaboy (1986), « roman en anglais pourri », raconte la vie d’un jeune soldat enrôlé dans la guerre du Biafra, tandis Prisoners of Jebs (1988) ridiculise la corruption structurelle des élites nigérianes. Mais c’est à la télévision que l’auteur rencontre ses plus grands succès, attirant chaque semaine plusieurs dizaines de millions de téléspectateurs devant son soap opera culte Basi & Company. Or les années 1980, qui ont couronné Ken Saro-Wiwa comme écrivain star, sont aussi celles où l’exploitation pétrolière devient insupportable en Ogoniland : plus de 100.000 personnes, soit près de 20 % de la population, ont dû quitter leur village à cause de la pollution pétrolière.