À Istanbul, les potagers font vivre l’esprit de liberté
27 Mai 2017

À Istanbul, la tradition des « bostan », les jardins potagers, est vieille d’un millénaire et demi. Depuis les grandes manifestations de la place Taksim, ils se sont multipliés, comme autant d’espaces de contact avec la nature et de résistance à l’urbanisation de la ville voulue par le président autoritaire Erdogan.
Istanbul (Turquie), correspondance
Comme tous les matins, Mehmet s’active sur sa parcelle de terre, à l’ombre des murailles du quartier de Yedikule, dans le sud d’Istanbul. Le soleil d’avril, encore timide, a déjà fait sortir de terre les premiers radis. Ce potager, c’est un héritage familial. « Mon père et mon grand-père y travaillaient déjà », explique fièrement l’agriculteur. Le long des murs épais construits il y a 1.500 ans s’étire un long collier de verdure. Vingt hectares de terres cultivées, classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Sous l’Empire byzantin, les bostan, ces « jardins de légumes », existaient déjà et nourrissaient la ville. Les historiens ont trouvé des traces de leur existence dès le VIe siècle. Aujourd’hui, près de cent familles travaillent encore sur ces terres. « Je fais pousser surtout des légumes : des salades, des tomates, des concombres, par exemple. Et je les vends au marché, dans le quartier », raconte Mehmet. Pourtant, ces parcelles chargées d’histoire sont régulièrement menacées par des projets de réaménagement.
