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Pour lutter contre l’extrême-droite, « les syndicats doivent développer un travail de terrain et de proximité »

8 Juin 2017


Au premier tour des élections présidentielles 2017, 41% des ouvriers qui ont voté l’ont fait pour Marine Le Pen, malgré les politiques anti-sociales menées par les élus du Front national, localement ou au Parlement européen. Au second tour, plus de la moitié d’entre eux ont encore choisi le FN, bien plus que l’ensemble des Français. Ceux et celles qui sont membre d’une organisation syndicale, ou qui s’en sentent proches, sont beaucoup moins perméables aux discours du FN que leurs collègues : seuls 13% d’entre eux ont voté pour Marine Le Pen au premier tour. Pour Dominique Andolfatto, professeur de science politique à l’université de Bourgogne Franche-Comté, et spécialiste du monde syndical, les organisations syndicales, malgré leur affaiblissement et leur professionnalisation qui les éloigne de la base, ont un rôle à jouer pour lutter contre le radicalisme du FN à condition qu’elles renouent avec le travail de terrain. Entretien.

Basta ! : On entend souvent parler de la proportion « importante » d’ouvriers qui votent pour le FN. Sont-ils si nombreux ? Depuis quand leur nombre a-t-il augmenté ?

Dominique Andolfatto [1] : Jamais les scores du FN n’ont été aussi élevés parmi l’électorat ouvrier. Lors du premier tour de cette élection présidentielle, 41% des ouvriers qui ont voté ont glissé dans l’urne un bulletin pour Marine Le Pen, contre 23% pour Jean-Luc Mélenchon et 15% pour Emmanuel Macron, pour s’en tenir aux trois candidats qui ont réuni le plus de voix ouvrières [2]. Au deuxième tour, Marine Le Pen l’a même emporté dans l’électorat ouvrier, avec 56% des voix exprimées, alors qu’elle ne dépassait pas 34% pour l’ensemble des Français. En 2012, Marine Le Pen avait totalisé 33% des voix ouvrières et son père, Jean-Marie Le Pen, dépassait les 20% en 1995 et 2002 mais était tombé à 16% des voix ouvrières en 2007. La progression de Marine Le Pen en 2017 est donc nette.