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De Madagascar à l’Amazonie, le réchauffement pourrait menacer jusqu’à 50% des espèces

Le Point,
14/03/2018

De
Madagascar à l’Amazonie et jusque dans les Grandes plaines américaines, le
dérèglement climatique pourrait menacer entre un quart et la moitié des espèces
d’ici 2080 dans 33 régions du monde parmi les plus riches
en biodiversité, selon un rapport paru mercredi.

De
Madagascar à l’Amazonie, le réchauffement pourrait menacer jusqu’à 50% des
espèces © AFP/Archives / RAPHAEL ALVES
A +4,5°C
de réchauffement par rapport à la Révolution industrielle — horizon qui
se dessinerait si rien n’était fait pour réduire les émissions de gaz à effet
de serre –, 48 % des espèces seraient susceptibles de disparaître au
niveau local.
Mais ce
risque serait divisé par deux si la hausse de la température moyenne était
contenue à +2°C, limite fixée dans l’accord de Paris adopté
en 2015 sous l’égide de l’ONU, note cette analyse publiée par la
revue Climatic Change.
“La
biodiversité mondiale va souffrir terriblement au cours de ce siècle, à moins
que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir” contre cela, prévient
le Fonds mondial pour la nature (WWF), qui a co-produit l’étude, présentée
comme la plus complète sur cette trentaine de zones.
Partout,
le climat vient s’ajouter aux menaces pesant déjà sur la faune et la flore:
urbanisation, perte d’habitats, braconnage, agriculture non soutenable…
De
Madagascar à l’Amazonie et jusque dans les Grandes plaines américaines, le
dérèglement climatique pourrait menacer entre un quart et la moitié des espèces
d’ici 2080 dans 33 régions du monde parmi les plus riches en biodiversité,
selon un rapport © Noah SEELAM AFP/Archives

Les
chercheurs des universités d’East Anglia (Royaume Uni) et James-Cook
(Australie) ont étudié la situation climatique de 80.000 espèces
dans 33 régions jugées “prioritaires”, aussi uniques et
diverses que l’Amazonie, le désert de Namibie, l’Himalaya, Bornéo, le lac
Baïkal ou le sud du Chili

Les
saisons aujourd’hui exceptionnellement chaudes devraient y devenir la norme,
parfois dès 2030, et même avec un réchauffement limité à +2°C. Pics de chaleur
plus notables, moindres précipitations, sécheresses durables sont attendus en
de nombreux endroits.
Sur ces
zones, plus de la moitié de la surface (56 %) resterait vivable à +2°C. A
+4,5°C, cette part pourrait tomber jusqu’à 18 %: ce que le WWF appelle des
zones “refuges”.
Oiseaux
et mammifères plus mobiles
La Grande
barrière de corail, en Australie, près de la côte des Whitsunday Islands,
photographiée le 20 novembre 2014 © SARAH LAI, SARAH LAI AFP/Archives
Les
plantes devraient être particulièrement affectées, plus lentes à s’adapter,
bougeant moins facilement. Ce qui en retour pourra nuire aux animaux en
dépendant.
A +4.5°C,
69 % des espèces de plantes risquent de disparaître en Amazonie.
Du côté
animal, reptiles et amphibiens ont plus de risques d’être “dépassés”
que les oiseaux ou les mammifères, plus mobiles.
Beaucoup
dépendra en effet de la capacité des espèces à bouger pour suivre leur climat
de prédilection: pourront-elles suivre ? Seront-elles bloquées, par
exemple par des villes, des montagnes ? Auront-elles, à l’arrivée, un
endroit pour vivre ?
Le
sud-ouest de l’Australie, dans le pire scénario, voit près de 80 % des
espèces de mammifères menacées d’extinction localement, perte ramenée à un tiers
dans un monde à +2°C et en cas de capacités d’adaptation des espèces.
Conclusion:
“il faudra faire des efforts bien plus importants pour garder la hausse
des températures à leur minimum absolu”, insiste le WWF.
A ce
stade, les engagements de réduction d’émissions pris à Paris conduisent le
globe vers un réchauffement de plus de 3°C. Or à +3,2°C, 37 % des espèces
risquent encore de disparaître localement, dans les régions étudiées.
En outre,
comme les gaz déjà émis vont continuer à réchauffer la planète, il faudra aussi
prévoir des mesures de protection locales: corridors biologiques pour favoriser
le déplacement des espèces, identification de zones de “refuge” en
dernier ressort, restauration d’habitats…
La
Méditerranée, qui compte par exemple trois espèces emblématiques de tortures
marines, verrait près d’un tiers des plantes, mammifères et amphibiens menacés
à +2°C, si aucune possibilité d’adaptation ne leur est laissée.
Cette
publication intervient alors que s’ouvre samedi à Medellin (Colombie) une importante
conférence sur l’état de la biodiversité dans le monde.
Extinction
ne signifie pas juste disparition d’espèces, souligne le WWF, “mais de
profonds changements pour des écosystèmes rendant des services vitaux à des
centaines de millions de personnes,” qu’il s’agisse d’alimentation, mais
aussi de soutenir le tourisme ou la recherche sur de futurs médicaments.